J’ai longtemps cru que la discipline était une cage. Aujourd’hui, je la vois comme un tuteur. Ce n’est pas ce qui me contraint, c’est ce qui m’aide à ne pas m’effondrer sous le poids de mes propres possibles. En choisissant ma discipline, je ne m’enferme pas : je me donne un sol où poser mes pieds pour pouvoir regarder plus haut. je t’explique.
La discipline est un mot qui m’a longtemps intimidée.
Il évoquait un ordre trop droit, une régularité inaccessible, comme si cette capacité appartenait à d’autres — à celles et ceux qui savent tenir sans vaciller, répéter sans se lasser, avancer avec une constance que je pensais ne pas posséder. Je me racontais que mon énergie fonctionnait par vagues, par intuitions, par élans successifs. Je croyais qu’il fallait respecter ce chaos plutôt que de chercher à le contraindre.
Avec le temps, j’ai compris que cette appréhension ne parlait pas de la discipline, mais de la représentation rigide que je m’en faisais : l’effort visible, la contrainte, l’idée de devoir se forcer pour mériter. Ce malentendu, je le croise souvent chez les leaders et les créatifs·ves que j’accompagne : nous avons appris à composer avec la complexité plutôt qu’à suivre des lignes droites, et nous craignons que la règle n’étouffe notre élan.
Le Japon comme expérience sensible de la continuité
Ma présence au Japon cette année a modifié cette perception. Ici, j’approche la discipline par touches successives : dans la précision tranquille des gestes quotidiens, la ponctualité des trains, la manière dont les commerces ouvrent chaque matin avec la même attention.
Tout semble revenir à sa place, sans effort apparent.
En marchant dans les rues, je sens mon propre rythme s’ajuster. Mon regard ralentit, mon attention se déplace vers les détails : ces rituels discrets qui structurent la journée sans jamais l’alourdir. La discipline prend ici la forme d’une fidélité calme, d’un accord tacite avec le temps. Elle installe en moi une stabilité qui ne vient pas de l’immobilité, mais d’un mouvement tenu dans la durée.
Trop de possibles, pas assez d’ancrage
Cette expérience éclaire mon regard sur notre rapport occidental à l’action, souvent nourri par l’abondance des possibles et cette agilité permanente devenue une seconde nature. Tu connais sans doute cette sensation : tu avances, tu apprends, tu t’engages pleinement, et pourtant, quelque chose reste en suspens.
Ce qui te fatigue n’est pas ta charge de travail, mais l’impression diffuse de rester en surface. À force d’honorer toutes les versions possibles de toi-même, l’ancrage tarde à venir. Cette polyvalence, qui est ta signature professionnelle et ta force, a un coût invisible : celui de la dispersion intérieure.
La pratique quotidienne comme socle invisible
J’ai observé que les figures qui créent et performent sur le long terme ont intégré une relation différente à la pratique. Elles reviennent. Jour après jour. Au même geste.
Amélie Nothomb s’installe chaque matin devant ses cahiers, laissant les mots apparaître sans juger. Roger Federer répétait les fondamentaux, construisant une élégance née de la répétition plus que du génie instantané. La maîtrise se construit dans la durée, portée par une fidélité discrète.
Chez Sonia Delaunay, la discipline prend la forme du rythme. Les couleurs et les motifs circulent de la toile au textile, sans jamais se figer. Revenir aux mêmes formes n’étouffe pas la créativité ; au contraire, cette fidélité ouvre le mouvement. La discipline ressemble alors à une pulsation : une manière de rester en mouvement sans se disperser.

La discipline vue de l’intérieur : une aide, pas une cage
Vécue ainsi, la discipline est un cadre que je choisis avec soin. Un espace connu dans lequel mon énergie circule plus librement parce que les décisions sont déjà prises. Le moment est réservé. Le geste est identifié. Mon esprit peut se déposer.
Cette approche transforme ton rapport à l’effort. L’élan ne précède plus l’action, il en devient le prolongement. En choisissant une discipline, tu te donnes un point d’appui. Un rendez-vous avec toi-même, suffisamment stable pour soutenir ta profondeur. Une seule discipline suffit. C’est la continuité qui fait la différence.
Leadership : tenir plutôt que multiplier
Ce glissement vers une discipline unique résonne fortement avec le leadership. En tant que leader, tu as appris à absorber la complexité et à porter plusieurs rôles. C’est une force, mais elle peut te mener à une sur-sollicitation permanente, où ton énergie s’éparpille au lieu de s’enraciner.
Pour moi, choisir une discipline est un acte de leadership intérieur. C’est définir ce qui mérite d’être tenu dans la durée. Ce n’est pas réduire ton champ d’influence, c’est le rendre plus cohérent. En pratiquant régulièrement, tu développes une autorité plus calme, moins dépendante de la reconnaissance immédiate. Ton leadership gagne en densité parce qu’il s’appuie sur une expérience vécue de la continuité.
Bâtir du calme : ton espace de sécurité
Je vois la discipline comme un espace de sécurité intérieure. Un lieu stable pour naviguer dans la complexité sans te perdre. Cette stabilité ne repose pas sur le contrôle, mais sur la confiance construite par la répétition. Elle te permet de prendre des décisions plus alignées et de sortir des cycles de sur-adaptation.ransforme
Choisir ce que tu veux tenir
Utilise cette échelle pour sentir ce qui appelle la continuité en toi :
🍃 feuille — curiosité légère
🌿 branche — envie présente
🌳 arbre — très forte envie de consolider
L’invitation consiste simplement à repérer ce qui mérite d’être tenu, jour après jour, sans chercher à optimiser ou à multiplier.
| Ta pratique possible | Description | 🍃 🌿 🌳 |
| Yoga | 10 minutes au même moment | |
| Bouger régulièrement | 5 minutes toutes les heures | |
| Marche quotidienne | Même trajet après le déjeuner | |
| Cahier des réussites | 3 lignes chaque jour | |
| Écriture libre | 5 minutes sans relire | |
| Décision du jour | Revenir sur une décision prise | |
| Limite posée | Noter un moment de limite posée | |
| Peindre / dessiner | 15 minutes sur le même support | |
| Chanter | Une chanson par jour | |
| Jouer d’un instrument | 10 minutes, même morceau | |
| Écriture créative | Une page libre | |
| Photographie | Une photo par jour, thème unique | |
| Cuisine créative | Variation autour d’une recette | |
| Danser | 5 minutes après le travail | |
| etc |
Construire une chaine invisible
Tenir une discipline, c’est entretenir une chaîne invisible. J’aime cette idée de Jerry Seinfeld : peu importe la qualité de ce que je produis chaque jour, l’essentiel est de ne pas rompre la chaîne des jours cochés sur le calendrier.
Cette chaîne est un lien que je construis avec moi-même. Ce qui compte n’est pas la taille de l’engagement, mais la fidélité au rendez-vous.
En y revenant, je laisse cette continuité transformer, peu à peu, ma posture intérieure.
Alors toi, de là où tu es, que veux-tu choisir de tenir ?
Travailler mon ancrage Si tu sens que ta polyvalence se transforme en dispersion et que tu souhaites stabiliser ton leadership, je t’accompagne pour bâtir ton propre cadre de sécurité intérieure.


