● Formation en leadership
Lundi, 9 h, démarrage de la formation.
Devant moi, une équipe de cadres. Contents de se retrouver.
Content de ce temps dédié à leurs besoins.
Mais épuisée.
C’est ça qui est douloureux. Une manager dit à voix haute ce que tout le monde vit :
« Je ne parviens même plus à lire tous mes mails. Je ne gère plus rien. Je pare au plus pressé. Je ne me sens plus à la hauteur. »
Or, elle est parfaitement compétente. Ses collègues le confirment.
Mais elle ne le sait plus. Ne le croit plus. Le doute s’est installé, la peur aussi: cette angoisse sourde de décrocher, de passer à côté de quelque chose d’important.
Ce qui a changé à une allure folle? Le contexte.
Et comme le contexte a changé, le travail aussi. les ancien standards nous mettent à mal. Et personne ne lui a dit que c’était normal de se sentir comme ça.
Un standard que personne n’a choisi
En effet, au XXe siècle, des experts ont déclaré que l’excellence consistait à optimiser les ressources en permanence. Le lean et son obsession des « gaspillages », les OKR et leur cascade d’indicateurs toujours plus ambitieux, l’operational excellence et ses tableaux de bord en temps réel. Ces outils se sont introduits partout : dans les comités de direction, les rituels d’équipe, les entretiens annuels, les feedbacks …
Et, pendant que ces méthodologies s’installaient pour nous inviter à rendre notre contribution encore plus efficaces et efficientes, la masse de travail a explosé.
Plus de volume, plus d’urgences, plus d’interruptions, plus de surprises et moins de visibilité sur ce qui arrive demain. La gestion des absences semble constituer un véritable défi dans de nombreuses organisations où j’intervient. Le départ des anciens aussi. Et les outils de managements cités plus hauts, ne s’appliquent plus à un terrain qui tremble et se fissure sans cesse.
Il n’y a plus nulle part où poser le sac.
Ces règles ne s’arrêtent pas aux portes du bureau. Elles ont débordé dans la vie privée : le sport chronométré, la parentalité optimisée, le sommeil tracké ( je le fais aussi) , le week-end « bien rempli ». Même le repos est devenu une tâche à réussir.
Ma fille m’a dit un jour :
« Maman, jamais je ne m’investirai dans le travail comme vous. Vous êtes fous, Papa et toi. Vous êtes à 120% !»
On peut balayer ça comme une provocation générationnelle. Je me console en me disant que je suis une Boomeuse à qui on a promis que la réalisation de soi viendrait de l’accomplissement au travail… Mais quand même : cette phrase, je la comprends pour ce qu’elle est : le signal que quelque chose, dans notre manière de définir le travail -et la performance- s’est profondément déréglé. D’ailleurs, je rencontre de moins en moins de personnes qui s’éclatent au travail. Effet du hasard?
Ce que le vivant nous enseigne
Je lis, je reflechis et me remets en questions. Je cherche aussi, beaucoup. Et la dernière pétite que j’ai trouvé s’appelle Olivier Hamant, biologiste. Moi qui enseigne la modèle du developpement des performances dans mon cours, j’ai été scotchée en lisant que la performance crée de la fragilité !
Je me vois encore expliquer que l’excllence ce nest pas de faire plus, mais de considérer les ressources $ dispo de chaque personne de chaque équipe, et que cela ne peut èas etre défini hors sol. Et Olivier Hamant ouvre un nouvel horizon. Il raconte que nous avons été drogué à la performance. Et franchement, il n’a pas tord.
efficacité ( atteindre son objectif )
+ efficience ( avec le moins de moyen possible )
= performance
→ fragilité
Il explique que dans la nature, rien ne fonctionne à pleine capacité en permanence.
Un arbre ralentit en hiver.
Le lion ne court pas en permanence, il préserve son énergie et choisit son moment. Ce n’est pas de la paresse. C’est de la stratégie vitale.
Et l’hortensia? Il fleurit sur les tiges de l’année précédente. Si vous taillez trop tôt par souci d’efficacité, vous supprimez exactement ce dont il a besoin pour fleurir l’année suivante. Les fleurs fanées qu’il garde tout l’hiver ne sont pas un désordre — elles couvrent les bourgeons contre le gel. Ce qui ressemble à du déchet est en réalité une ressource.
La robustesse ne vient pas de l’optimisation permanente. Ce qui tient dans le temps n’est pas ce qui pousse le plus fort. Ce n’est pas non plus ce qui résiste à tout, le mâchoire serrée, sans jamais fléchir. C’est ce qui sait lire le terrain, sait reconnaître quand le sol est pauvre, sait hoisir son moment et sait préserver, même en hiver, ce qui permettra de refleurir au printemps.
La robustesse, dans la nature comme dans les organisations, n’a jamais ressemblé à de la performance. Elle ressemble à de l’intelligence. Celle qui s’ajuste plutôt qu’elle ne force. Celle qui protège les bourgeons plutôt que d’exiger la floraison hors saison.
À retenir
- L’optimisation permanente génère de la fragilité, pas de l’excellence.
- Un système vivant qui ne fluctue plus ne répond plus à son environnement.
- Ce qui ressemble à de l’inefficacité protège parfois ce qui est essentiel.
Votre acceptable est déjà excellent
Dans mes formations sur l’expression en public, je vois des participants réaliser qu’ils peuvent avoir le même impact avec 5 slides bien ciblées qu’avec 45 slides justificatives. Oui, parce que plus c’est mieux, même si parfois je me tire une balle dans le pied. Réaliser que 5 slides et un pitch structuré suffisent… Ce moment-là est toujours un choc. Parce qu’ils découvrent qu’ils produisaient au-delà du besoin réel depuis longtemps, en croyant que c’était cela l’excellence. Plus, beaucoup, mieux, excellent!
Se convaincre de devoir livrer du 9/10 alors qu’on a l’impression de ne donner que du 6/10 compte tenu des ressources et du contexte actuel est épuisant, voire même dépressogène ! Et si ce 6 était en fait un 9 dans ce contexte ?
C’est pourquoi l’entente sur les livrables doit passer par des conversations en équipe, car elle seule sait ce qu’elle vit.
Outil · Le bon niveau juste
● Discernement, pas d’endurance. Identifier quel niveau est juste — là, maintenant — pour soi et pour l’équipe.
● Quand aller à fond. Quand 5 slides suffisent. Quand s’arrêter n’est pas abandonner mais choisir.
● Refuser de transmettre une pression qui n’a pas de sens — et protéger l’équipe d’un jeu dont personne n’a fixé les règles.
So what?
L’arbre attend le printemps. Il ne le force pas!
Les leaders qui durent ont appris la même chose : que prendre soin n’est pas une faiblesse, que faire autrement n’est pas renoncer, et que la robustesse ne se construit pas en absorbant tout — mais en choisissant ce qui compte vraiment.
Ce moment de bascule arrive souvent dans une formation. Quand quelqu’un nomme enfin ce que tout le monde ressentait sans oser le dire.
Forcer casse. Ajuster construit. Et ça change tout.
Leadership · Coaching · Formation
Dominique Ara
Dominique Ara accompagne les leaders — et particulièrement les femmes — à développer un leadership antifragile : celui qui se renforce là où d’autres abandonnent. Formatrice, coach certifiée et conférencière, elle intervient en entreprise sur la posture, la prise de décision et l’intelligence collective.
Références
Hamant, O. (2022). Antidote au culte de la performance. Le Seuil.







