Fais ton bilan des cinq énergies du leadership

Comment tenir son rôle de leadeuse sans se déshumaniser, devenir aigrie, frustrée ?

 

La fatigue et le stress brouillent la lecture de ce qui a réellement été accompli.

Beaucoup de leadeuses que j’accompagne se démènent toute l’année. Elles nourrissent les équipes en motivation, absorbent les tensions, prennent des décisions difficiles, mettent en jeu leur réputation en renforçant leur visibilité auprès des instances supérieures. Arrivées en fin d’année,  elles ont parfois l’impression d’avoir « mal fait leur job ». Elles auraient pu faire mieux, ritournelle bien connue !

En relisant un article de

sur les cinq énergies du leadership, j’ai trouvé une grille de lecture précieuse pour t’aider à regarder autrement l’année écoulée. Pas pour juger, mais pour comprendre quelles énergies ont soutenu ton leadership… et lesquelles ont été mises à rude épreuve.

Voici le bilan des 5 énergies du leadership, qui se chevauchent pour former un tout.


L’énergie de l’intention

Lorsque le contexte devient instable, nombreuses sont les leadeuses qui plongent encore plus dans le faire des opérations, parfois avec une intensité remarquable! 
L’action devient alors une réponse automatique, destinée à apaiser l’inconfort de l’incertitude.

Faire rassure, c’est indéniable.


S’arrêter, réfléchir, questionner l’intention exigent, en revanche, une disponibilité intérieure que peu s’autorisent lorsque la pression monte et que tout semble devoir aller vite.

Mais…

  • Qu’est-ce qui motive réellement cette agitation ?

  • En quoi cette action est-elle cohérente avec ta vision pour l’équipe et le business ?

  • Et, pour reprendre les mots de Simon Sinek, quel est ton Big Why qui soutient ce choix, au-delà de l’urgence apparente ?

L’énergie de l’intention se manifeste dans la capacité à relier les décisions du quotidien à une finalité plus large, même lorsque le chemin reste flou, même lorsque toutes les réponses ne sont pas encore disponibles.

Les leadeuses qui tiennent dans la durée ne sont pas celles qui abattent le plus de travail pour sauver leurs équipes de la surcharge. Ce sont celles qui, au moment T, savent se reconnecter à leur intention fondatrice sans se laisser emporter par des réflexes anciens.


L’énergie du discernement

L’énergie du discernement est très subtile…

Le discernement s’exprime lorsque des tensions surgissent ; discerner consiste à repérer, dans la parole de l’autre, ce qui est recevable. Es-tu capable de lâcher ce que tu crois être juste? Cette posture repose sur une curiosité intellectuelle, qui permet de stabiliser l’échange et d’éviter l’escalade improductive.

C’est à partir de là que deviennent possibles l’intégration de points de vue opposés et l’innovation. Du power with, un concept qui m’est cher.

chéma illustrant les dynamiques de pouvoir entre deux personnes : pouvoir intérieur, pouvoir sur (violence), pouvoir avec (coopération et empowerment) et pouvoir sous (abus).
Pouvoir sur, pouvoir avec, pouvoir sous : trois façons d’entrer en relation — un même point d’ancrage, le pouvoir intérieur.

 

Dès lors, user du discernement implique également un rapport mature à ses émotions et ressentis intérieurs. Reconnaître une émotion, puis examiner ce qu’elle révèle sans lui laisser dicter l’interprétation de la situation demande de la discipline et une certaine sobriété émotionnelle.

Limiter les distorsions fait partie intégrante de ce processus. Sous pression, chacune d’entre nous se raconte des histoires. Certaines simplifient, d’autres dramatisent.

Le discernement invite à interroger ces récits, à distinguer les faits des interprétations, et à reconstruire une lecture plus fiable de la situation.

Enfin, discerner, c’est savoir créer le bon cadre. Reformuler un problème, déplacer le regard, changer le récit collectif permet souvent de faire émerger des possibilités là où l’on ne voyait que des impasses. Les travaux d’Amy Edmondson montrent combien la qualité du cadre conditionne la qualité des échanges et des décisions.

Bien avant elle, Aristote désignait déjà cette sagesse pratique la phronesis — comme l’art de juger avec justesse dans des situations complexes et imparfaites. Exactement ce dont on parle.


L’énergie de la croissance

L’énergie de croissance se révèle dans des moments où une leadeuse reconnaît s’être trompée sans dramatiser ni remettre en question ses compétences et capacités.

Cette attitude demande l’acceptation de la faillibilité quand les autres nous observent. Accepter que sa position évolue, exposer sa réflexion, solliciter des retours et confronter ses choix à d’autres points de vue implique de renoncer à une certaine image de maîtrise.

Les recherches exposées dans Think Again d’Adam Grant montrent combien cette capacité à réviser publiquement sa pensée constitue un marqueur fort de maturité professionnelle. La crédibilité ne se joue pas dans l’infaillibilité, mais dans la manière dont une personne apprend, ajuste et progresse sous contrainte.

L’énergie de croissance s’inscrit dans le temps. Certaines prises de conscience produisent des effets immédiats. D’autres infusent plus lentement, puis se traduisent par des ajustements discrets, mais durables.

Lorsqu’une leadeuse entre dans la dynamique consciente de l’apprentissage, elle crée aussi les conditions pour que les autres puissent évoluer. La croissance cesse alors d’être individuelle. Elle devient une dynamique partagée. Beluffant!


L’énergie du lien

Cette énergie reste l’une des plus mal comprises dans les organisations. Moi, je répète à l’envi que les gens viennent aussi chercher de l’amour au travers de leurs contributions  professionnelles.

Mais le terme dérange. Cela traduit une difficulté persistante à reconnaître la place du lien dans l’exercice du leadership. Du coup je l’ai mis comme titre de cette section!

Selon moi, les équipes qui tiennent dans la durée sont celles où la qualité du lien est travaillée avec intention. La génération Z est particulièrement attentive au feedback de toute sortes, dont la reconnaissance. Elle apprécie l’attention sincère portée à la personne et la capacité à accueillir des points de vue différents.

Forme d’amour À quoi ça correspond Ce que ça produit En leadership
Éros Désir, élan, attraction Mise en mouvement Ambition, énergie, envie d’agir
Philia Lien choisi, amitié, confiance Coopération durable Engagement, loyauté, qualité relationnelle
Agapè Don sans attente de retour Solidité du collectif Soin du système, responsabilité éthique

Sur l’autre extrême du spectre, à force de vouloir préserver la relation par bienveillance, on finit par ne plus rien dire. Julia de Funès le souligne : une bienveillance qui évite le conflit à tout prix masque les désaccords et affaiblit la responsabilité, à la fois individuelle et collective. Or, lorsqu’ils sont travaillés, les désaccords apportent de l’intelligence au système.

Donner sans attendre de retours existe aussi en entreprise. Je le vois chez des leadeuses qui ont intégré l’énergie de l’amour. Les résultats ne sont pas les mêmes que dans les équipes où l’exécution prime sur la relation.


L’énergie de la réalisation de soi

Cette dernière énergie, plus discrète, se manifeste par une forme de joie calme, profondément liée à l’alignement intérieur et à la sérénité.

Elle apparaît lorsque la leadeuse cesse de se définir uniquement par son rôle, ses résultats ou ses responsabilités, et retrouve un point d’appui plus profond, dans sa puissance personnelle. Les décisions deviennent alors plus sobres, moins défensives. La joie associée à cette énergie n’est pas euphorique. Elle est calme, continue, plus proche de la sérotonine que de la dopamine : une satisfaction liée à la cohérence entre ce qui est pensé, dit et fait.

Les travaux de Edward Deci et Richard Ryan montrent que cette forme de réalisation repose sur trois piliers : l’autonomie, la compétence et la qualité du lien. Lorsque ces besoins sont respectés, l’engagement devient plus durable, moins dépendant de la reconnaissance externe.

Cette énergie soutient aussi la capacité à reconnaître et activer les forces chez les autres, sans idéalisation ni pression. Elle favorise une intuition mature, nourrie par l’expérience et le discernement. Mihaly Csikszentmihalyi décrit cet état comme un engagement profond, non forcé, dans lequel l’action devient fluide parce qu’elle est pleinement habitée.

Dans des environnements exigeants, cette énergie devient une ressource précieuse pour exercer son leadership sans s’user.


Pour refermer l’année

Tu vois maintenant à quel point tout est lié. Ces cinq énergies présentent une grille de lecture possible de la qualité énergétique de ton  leadership tel qu’il se vit aujourd’hui, dans des environnements contraints, mouvants, parfois déroutants.

Avant de tourner la page de l’année, je te propose de réfléchir aux questions suivantes:

  1. Quelle énergie a été la plus sollicitée dans mon leadership au cours des 12 derniers mois ?

  2. Laquelle as-tu le plus négligée, consciemment ou non ?

  3. À quoi est-ce que tu continues à dire oui et pour quelle raison ?

  4. Où est-ce que tu confonds encore rapidité et justesse ?

  5. Quelles erreurs as-tu transformées en apprentissages ?

  6. Quel lien personnel mérite aujourd’hui plus d’attention, de clarté ou de réparation ?

  7. Quelle place est-ce que tu laisses à la joie, au sens et à l’alignement dans ton rôle ?

  8. Quelle énergie as-tu envie d’incarner lorsque le contexte redeviendra inconfortable ?

  9. De quoi ton leadership a-t-il réellement besoin pour durer, sans se durcir ?

 

Voilà. Tu n’as plus qu’à prendre le temps de décrire ton bilan des 5 énergies du leadership, avant de repartir avec la nouvelle énergie de l’année 2026.