Sommes-nous prisonnières de notre biologie ?
Tu te dis souvent que tu es « comme ça » au travail.
Exigeante.
Responsable.
Sérieuse.
Retenue.
À l’écoute.
Attentionnée.
Equitable.
Indispensable.
On peut compter sur toi.
Ces traits t’ont probablement permis de te frayer un chemin dans le monde professionnel.
Ils t’ont valu des renforcements positifs.
Un test de personnalité a confirmé la tendance et t’a mis dans cette case.
Le feedback élogieux d’un supérieur est resté imprimé en toi.
Des retours de collègues ou de clients ont consolidé cette image, encore et encore.
Alors tu as intégré ces qualités.
Tu as construit ton leadership autour d’elles.
Elles t’ont servi.
>Elles t’ont protégée.
>Elles t’ont permis d’avancer.
Mais mes clientes me le disent toutes :
Avec l’accélération et la complexification des environnements professionnels, ces mêmes qualités deviennent lourdes.
Très lourdes.
Ce qui faisait ta force devient parfois ton fardeau.
Comment continuer à performer sans te sur-adapter ?
Comment évoluer sans te trahir ?
Les neurosciences appliquées au leadership féminin nous rappellent une chose essentielle :
Ce que tu appelles ton « caractère » est souvent une stratégie biologique répétée.
Une stratégie apprise.
Renforcée.
Automatisée.
Et ce qui a été appris peut être transformé. Voici les neurosciences appliquées au leadership féminin 😊.
Tout commence par la biologie
Ton cerveau décide avant ton discours
Caroline M. (nom d’emprunt) est réputée être très efficace.
Après les séances de CODIR, elle complète le travail de ceux qui ne le livrent pas suffisamment bien.
C’est pour la boîte !
Elle lit chaque page d’un dossier.
Prépare ses questions.
Elle sécurise les détails.
Elle dit qu’elle laisse de la marge à ses équipes et collègues.
Mais eux lui reprochent de tout prescrire.
Elle me dit : « Ils ne sont pas assez bons. Je dois compenser le manque. C »est pour la boite »
Qu’est-ce qui se passe dans la neuro-biologie de Caroline M.?
Avant même d’articuler une décision rationnelle, son système nerveux s’active.
Cette superperformeuse a appris que contrôler apaise son système nerveux parasympathique, qui s’active face à la crainte et aux doutes, ce qui augmente le stress.
Reprendre la main diminue l’incertitude.
Résultat : le circuit dopaminergique s’emballe en imaginant déjà des résultats positifs.
Mais derrière cette dopamine – l’attente de la réussite, il y a souvent du cortisol prêt à arroser le système nerveux – la possibilité que ça se passe mal si elle ne fait rien.
Les travaux de Wolfram Schultz montrent que la dopamine n’est pas le plaisir, mais l’anticipation de la récompense. Ce qui active le circuit, c’est la promesse que tout va bien se passer.
Andrew Huberman explique que ces circuits dopaminergiques renforcent les comportements associés à la progression et au contrôle.
Donc, en toute logique, son système nerveux choisit, pour la protéger, de sécuriser, de vérifier, de reprendre la main. C’est physio-logique! Encore un exeple de neurosciences appliquées au leadership féminin.
Le stress chronique transforme le comportement
Autre scène, une autre femme. Geraldine Z.
Elle a frôlé le vrai burn-out. S’est cassé le dos.
Pendant des années, elle a porté.
Anticipé. Absorbé. Compensé.
Aujourd’hui, elle voit les problèmes émerger.
Elle les identifie très vite.
Mais elle se tait.
Désabusée.
Fatiguée.
Elle connaît le prix de l’engagement.
Ce n’est pas un manque de leadership.
C’est un système nerveux saturé.
Le cortisol chronique réduit la sensibilité à la récompense.
Ce qui stimulait autrefois la dopamine – l’anticipation de la réussite – ne stimule plus.
Lorsque le stress devient prolongé, le système motivationnel s’effondre, affirme Andrew Huberman dans le podcast cité plus haut.
Géraldine ne manque pas d’engagement.
Elle protège son intégrité biologique.
Quand la biologie influence les rapports de pouvoir
Une cliente m’a dit un jour :
«Depuis que je sais que les hommes ont plus de testostérone que nous, je ne me bats plus frontalement.
Je les laisse parler en attendant le petit moment stratégique où je pourrai intervenir. Comme je l’observe, je ne me sens pas attaquée. »
Ce qu’elle a compris est fondamental.
La testostérone est associée à la dominance, à la sensibilité au statut et à la compétition.
Elle module la motivation à défendre ou améliorer sa position dans une hiérarchie.
Et ce n’est pas que l’hormone de l’agressivité, de la pression.
Dans certains CODIR très compétitifs, les signaux de statut sont constants : interruptions, posture, micro-défis.
David Rock, avec le modèle SCARF, montre que le statut est un déclencheur neurologique majeur.
Quand le statut est menacé, le cerveau active les circuits de menace.
Comprendre cela ne signifie pas se soumettre.
Cela permet de ne plus personnaliser.
Ma cliente n’a pas renoncé.
>Elle a changé de stratégie.
Elle a cessé d’interpréter chaque interruption comme une attaque.
>Elle a commencé à lire les signaux comme des activations biologiques.
Et elle s’est sentie plus solide.
La testostérone existe aussi chez les femmes.
Elle soutient l’ambition et la prise de risque.
La question n’est donc pas : qui en a plus ?
La question est : comment le système régule-t-il les dynamiques de statut ?
Sans cadre sécurisant, la rivalité s’amplifie.
Avec régulation, l’ambition devient constructive.
Amy Edmondson a démontré que la sécurité psychologique réduit les comportements défensifs et améliore la performance collective.
Ce que cela change pour toi
Être indispensable peut devenir une addiction
La dopamine renforce le comportement.
La sérotonine nourrit le sentiment de statut.
Kent Berridge distingue le “wanting” du “liking” : on peut continuer à vouloir performer, même lorsque le plaisir diminue.
Beaucoup de femmes leaders ont appris à survivre dans des systèmes dopaminergiques exigeants.
Objectifs.
Résultats.
Performance visible.
Mais être indispensable nourrit aussi l’identité.
Si je ne porte pas, qui suis-je ?
J’analyse également ce mécanisme dans mes articles ici et ici.
Se taire est parfois une stratégie… mais pas une solution
La désabusée a compris le coût.
Mais remplacer l’hyper-responsabilité par le retrait crée un autre déséquilibre.
Ni sur-adaptation permanente.
Ni désengagement silencieux.
Le leadership mature n’est ni sacrifice ni retrait.
Exploser révèle une rupture de sécurité
Elle a tout fait comme demandé.
Et le board demande encore des ajustements.
Quand les règles changent sans cesse,
quand les micro-informations circulent de manière inégale,
le système nerveux réagit.
Lisa Feldman Barrett montre que les émotions sont construites à partir des prédictions du cerveau.
Ce que tu appelles “colère excessive” peut être une réaction cohérente à une instabilité structurelle.
Un système instable produit des réactions instables.
Réguler plutôt que réagir
Comprendre la biologie ne suffit pas.
La question est : que fais-tu avec cette conscience ?
1. Lire ton état avant d’agir
Avant de dire « je suis exigeante », pose-toi une autre question : suis-je
- en quête de soulagement dopaminergique ?
- sous activation de cortisol ?
- en train de défendre mon statut ?
La conscience précède la régulation.
Tu ne changes pas ton comportement par la volonté.
Tu changes ton comportement en identifiant l’état biologique qui l’alimente.
2. Interroger l’identité qui t’a protégée
Peut-être as-tu construit ta carrière sur :
Être irréprochable.
Incarner celle qui sauve.
Se montrer forte.
Ces stratégies ont fonctionné.
Elles étaient adaptées à un contexte.
Mais sont-elles encore pertinentes aujourd’hui ?
Carol Dweck a montré que croire à la malléabilité transforme la trajectoire.
Ce qui a été appris peut être transformé.
La question n’est pas : « Qui suis-je ? »
La question devient : « Quelle stratégie suis-je en train d’activer ? »
3. Passer du contrôle à la maturité relationnelle
C’est ici que le leadership dépasse la biologie.
Susan Goldsworthy, avec le modèle Care – Dare – Share, propose une lecture précieuse.
Un leadership mature repose sur une tension équilibrée :
-
Care : créer de la sécurité, du respect, du lien.
-
Dare : oser le risque, le défi, l’exigence.
Lorsque le Dare est élevé et le Care faible, on entre dans le mode Play to Dominate.
Pouvoir sur.
Énergie corrosive.
Lorsque le Care et le Dare sont élevés simultanément, on entre dans le mode Play to Thrive.
Pouvoir avec.
Énergie productive.
La biologie peut t’amener vers le contrôle (cortisol) ou vers la rivalité (statut).
Le leadership conscient consiste à réguler ces impulsions pour rester dans la zone Thrive.
Ce n’est pas supprimer l’ambition.
Ce n’est pas renoncer à l’exigence.
C’est maintenir le Care quand le Dare augmente.
4. Redessiner le système plutôt que t’ajuster seule
Réguler la compétition.
Clarifier les règles du jeu.
Distribuer réellement la responsabilité.
Un système qui favorise uniquement le Dare crée du cortisol collectif.
Un système qui favorise uniquement le Care crée de la complaisance.
La maturité consiste à tenir les deux.
La biologie explique les impulsions.
Le leadership choisit le quadrant.
Les questions qui restent
N’est-il pas plus confortable de dire « je suis comme ça » que d’admettre que ton système est en activation chronique ?
N’as-tu pas construit une partie de ton identité sur le fait d’être indispensable ?
Si tu n’étais plus en lutte permanente pour prouver ta valeur, que deviendrait ton leadership ?
Tu n’es pas prisonnière de ton tempérament.
Tu es influencée par une chimie.
Et la chimie peut être régulée.
Tout commence par la biologie.
Et c’est précisément pour cela que tu as du pouvoir.
Passer du « Je suis comme ça ? » à « Quel type d’énergie suis-je en train d’activer dans mon équipe ? » va te faire grandir .
Play to dominate?
Ou play to thrive ?
Si ce sujet résonne pour toi — ou pour ton organisation — il est peut-être temps d’ouvrir la conversation.
Je travaille avec des comités de direction et des équipes RH pour intégrer ces dynamiques biologiques dans une approche plus mature du leadership.
Bibliographie
Berridge, K. C., & Robinson, T. E. (1998). What is the role of dopamine in reward: Hedonic impact, reward learning, or incentive salience? Brain Research Reviews, 28(3), 309–369.
Dweck, C. (2006). Mindset: The New Psychology of Success. Random House.
Edmondson, A. (2018). The Fearless Organization: Creating Psychological Safety in the Workplace for Learning, Innovation, and Growth. Wiley.
Feldman Barrett, L. (2017). How Emotions Are Made: The Secret Life of the Brain. Houghton Mifflin Harcourt.
Goldsworthy, S., & McLean, M. (2019). Care to Dare: Unleashing Astonishing Potential Through Secure Base Leadership. Pearson.
Huberman, A. (2021–). Huberman Lab Podcast. Stanford University School of Medicine.
Schultz, W. (1997). Dopamine neurons and their role in reward mechanisms. Current Opinion in Neurobiology, 7(2), 191–197.
Bonne découverte !


