Du « je n’ai pas le choix » à la souveraineté : la puissance du ET

« Je n’ai pas le choix, c’est le process. Je ne vois pas comment éviter ça, même si je n’approuve pas. »

MC, directrice, me regarde droit dans les yeux. Elle cherche mon approbation. Ce qu’elle ne me dit pas explicitement, c’est qu’elle a déposé les armes devant « le Système ». Elle s’est installée dans cette résignation, cette zone grise où l’on finit par s’éteindre à petit feu en pensant que c’est le prix à payer pour réussir.

En vrai, et elle ne le sait pas encore , MC est venue chercher une nouvelle posture de leader pour se sortir de ce truc.

1. Le piège invisible : la séparation qui t’affaiblit

Dans le monde du HR Business auquel j’appartiens, deux mondes cohabitent souvent sans se parler :

  • D’un côté, l’OD (Organisational Development) – Le Cadre : les structures, les processus, le talent management. Ici, le centre de gravité est pure organisation.

  • De l’autre, l’Humain (People Development) : le développement du leadership et des compétences, le coaching. Ici, c’est l’individu qui est au centre.

Chaque domaine travaille dans son silo. Cette séparation, pratique en théorie, est une solution coûteuse. Parce que les systèmes dysfonctionnels produisent inévitablement des comportements dysfonctionnels.

Si tu te vois séparée du système, tu n’as que deux options : subir ou combattre. C’est l’épuisement garanti. Tant que tu restes dans cette logique binaire (c’est la faute de l’organisation OU c’est ma faute), tu te prives de ta puissance. Tu oublies que le système n’est pas une machine figée, c’est une somme de relations dont tu es l’un des nœuds principaux.

2. Le syndrome de l’extériorité

En executive coaching avec les clientes et clients (oui j’ai aussi des mecs bien en coaching 😉), leur récit commence presque toujours par ce que l’organisation leur fait subir : l’impossibilité de recruter au bon niveau de compétences malgré la complexité, les murs entre les départements qui empêchent la co-création, l’ingérence régulière des grands chefs et cheffes dans les opérations, alors que des décisions sur des éléments clés sont attendues…

Avoir raison ou avoir de l’impact ?

C’est une réalité : le travail est devenu d’une exigence brutale. Et pointer du doigt les failles de gouvernance permet de garder une distance salvatrice : « Ce n’est pas de ma faute, c’est le système. » Dans une certaine mesure, c’est vrai.

Mais c’est aussi un piège. Comme le souligne Adam Grant dans Think Again, nous tombons souvent dans deux modes stériles qui nous rassurent mais nous bloquent :

  • Le mode Procureur : pour prouver, preuves à l’appui, que le système a tort.

  • Le mode Prédicateur : pour convaincre que notre vision est la seule bonne.

Dès lors que nous confondons « avoir raison sur le diagnostic du système » avec « être efficace dans notre propre rôle », nous cessons de réfléchir. Nous défendons une position de victime lucide au lieu de questionner notre hypothèse de départ : et si j’avais, malgré tout, une marge de manœuvre ?

Je pose alors LA question qui réveille :

« Et toi, comment tu le vis, comment tu survis dans ce contexte ? »

À cet instant, le regard change. Le câblage de MC se déplace vers l’intérieur. Ses épaules se redressent.

On ne peut pas parler d’organisation sans parler de ceux qui l’animent. Le leadership commence là : quand tu acceptes de te situer dans le puzzle du système, et non à côté.

Car si tu es dans le système, tu as le droit (et le devoir) d’y injecter de nouvelles propositions. C’est le moment où tu cesses d’être une observatrice quasi-victime pour redevnir une intervenante à la hauteur de ton rôle. Mais pour que cette proposition soit entendue, il faut une base solide. C’est là qu’intervient le « ET ».

3. La posture du ET : la force d’habiter sa place

J’ai découvert le « ET » lors de ma formation de Maître Praticienne en PNL, il y a déjà longtemps. Sur le papier, c’était séduisant, un magnifique exercice intellectuel. Je dois t’avouer qu’à l’époque, j’étais beaucoup dans ma tête… Je pensais qu’il suffisait de comprendre le concept pour que tout change.

Mais le terrain m’a appris autre chose : le ET n’est pas qu’une idée, c’est une posture. Une attitude générale.  C’est la capacité physique à rester bien ancrée lorsque deux vérités contradictoires coexistent ; ce moment où tu quittes la réflexion mentale pour sentir tes deux pieds à plat sur le sol, debout, solide sur tes jambes, le dos bien droit, la tête aussi.

Strong Back, Soft Front !

C’est ce que Brené Brown appelle le Strong Back, Soft Front : un dos solide pour tenir le cadre, et un cœur ouvert pour rester en lien. Devenir actrice / acteur c’est refuser de choisir entre « se plier au process » ou « démissionner intérieurement ». C’est décider d’habiter les deux :

  • La Designer : Tu regardes le cadre froidement et tu oses proposer de nouvelles règles du jeu. Tu ne demandes pas l’autorisation, tu fais une proposition de valeur.

  • La Coach : Tu restes en lien avec l’humain, tu écoutes ce qui ne se dit pas, tu réinjectes de la confiance là où il n’y a que de la procédure.

Le pont : de ta souveraineté à la votre

Mais attention : cette nouvelle posture ne peut rester un exercice solitaire. Si tu changes seule dans ton coin, tu vas créer un décalage. Ta souveraineté n’a de sens que si elle devient contagieuse.

Devenir actrice, ce n’est pas porter le monde sur tes épaules, c’est ouvrir une porte pour que les autres cessent aussi de subir. C’est là que ton leadership individuel se transforme en puissance collective. Pour que ton équipe passe du « on subit » au « on agit », tu dois créer le contenant capable de recevoir cette nouvelle énergie.

4. Créer l’espace : le « ET » en action

Ton sentiment d’impuissance est le symptôme d’une asphyxie collective. On court après le temps, alors on ne pense plus. Comme l’enseigne Otto Scharmer dans Theory U, la transformation émerge de la qualité de l’espace depuis lequel tu agis.

Avant de foncer pour « réparer » une réunion ou un projet, offre-toi (et offre à ton équipe) un silence. Ose poser ces questions qui ouvrent le champ :

  • Quelle est la question de fond que nous évitons soigneusement ?

  • Quel est le blind spot (point aveugle) que nous refusons de regarder en face ?

  • Quel est l’enjeu invisible qui bloque notre système aujourd’hui ?

C’est ici que le Team Coaching est vraiment utile, en devenant un acte de résistance créative. Ce n’est plus une « formation », c’est le laboratoire où vous reprenez ensemble le contrôle sur le système. Ta posture est la clé qui ouvre la porte, mais c’est ensemble que vous franchissez le seuil.


Quoi retenir ?

Tu n’es pas une victime de l’organisation. Tu en es l’un des poumons. Si tu bloques ta respiration, le système s’étouffe avec toi.

Alors tu vois, le leadership, c’est ta capacité à réclamer l’espace nécessaire pour penser ensemble ce qui dysfonctionne. Je te propose ce défi pour aujourd’hui : à chaque fois que tu te surprends à dire « je n’ai pas le choix », remplace-le par « quelle est la troisième voie ici ? ».

Le système attend que tu bouges pour changer de forme : quelle est ta première proposition ? 😉

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