Pourquoi fais-tu passer l’essentiel après le reste ?

Ah là là, encore cette sensation super désagréable d’être débordée, emportée par un tsunami de choses à faire et à régler.

Bien sûr que tu veux être brillante ! Et tu sais aussi que c’est dans les détails que réside l’excellence. Du coup, tu as trop à faire. Tu le sais, et pourtant tu continues à ajouter, à remplir.

J’ai une question de coach pour toi : serait-il possible que tu aies imprimé l’idée que « le plein, c’est le sérieux » ? Que dire oui, c’est être compétente ? Que t’arrêter, c’est perdre du terrain ? Ou encore qu’être au service de ton environnement et en prendre soin est ce que l’on attend de toi ?

Le problème n’est pas le temps, c’est le choix

Je viens de relire pour la Xème fois Essentialisme de Greg McKeown. Deux millions d’exemplaires vendus, traduit en quarante langues ! McKeown a passé des années à observer des gens capables, ambitieux et intelligents qui continuaient pourtant à se disperser. Son diagnostic tient en quelques mots : ce n’est pas un problème de temps, c’est un problème de choix.

Voici une autre question de coach : qu’est-ce qui est vraiment essentiel pour moi, maintenant ?

Je ne serais pas étonnée que tu bloques en cherchant la réponse. Ton cerveau est en train de se connecter à un autre réseau, mais il ne trouve pas tout de suite le Wi-Fi… Permets-moi de poser une hypothèse : la majorité des choses auxquelles tu t’attaches ne sont pas vraiment essentielles. Non pas qu’elles soient inutiles, mais parce que ce ne sont pas TES priorités, mais plutôt celles des autres (responsable, collègue, collaborateur).

La matrice et le piège du sens

Hier encore, lors d’une formation en leadership, je parlais de cet outil archi-connu mais pas toujours bien compris : la matrice d’Eisenhower. Elle permet l’arbitrage entre l’urgence et l’importance. Au travail, l’important, c’est ce qui sert ton rôle, ta raison d’être et ta mission.

Pourtant, pour beaucoup de femmes, discriminer l’important de ce qui ne l’est pas reste théorique. Nous avons appris à mettre du sens et de la valeur partout. Nous savons justifier chaque effort, anoblir chaque demande, intégrer chaque contrainte. À force de voir du sens dans tout ce qui se présente, nous finissons par ne plus rien choisir et par subir. D’où ce sentiment d’être emportée par une énorme vague…

Chercher la valeur dans chaque tâche n’est pas une compétence, c’est une dispersion. C’est là que le trivial dévore le vital et nous épuise.

Sans « conteneur », l’énergie se disperse. Comme elle fuit de partout, elle ne construit rien. Le remède ? La clarté. Il faut poser clairement des barrages et des limites pour contenir ton capital énergie quotidien.

C’est là l’utilité des intentions et objectifs clairs que l’on te demande de poser chaque matin : ils simplifient les choix et te rendent efficiente. Je te rappelle que décider est ce qui coûte le plus cher en énergie neuronale, chaque jour, silencieusement.

Dire non, c’est une direction

Tu te souviens de cette citation : « Choisir, c’est mourir un peu » ? En réalité, chaque « oui » que tu dis sans l’avoir vraiment choisi avec ton cœur est un « non » que tu dis à quelque chose d’essentiel. Tu sacrifies quelque chose, sans même savoir quoi.

Explorer avant de choisir. Puis trancher. Trancher avec la tranquillité de celle qui sait ce qu’elle protège. Le repos précède le discernement. Sans espace, on réagit. En créant de l’espace, on est plus à même de décider.

Voici ma série de mantras quotidiens :

  • Je ne me mets pas en stress toute seule.

  • Je ne suis pas là pour faire plaisir aux autres.

  • 10 secondes d’inconfort pour une relation saine.

Comment le dire concrètement ?

Parce qu’entre l’intention et l’action, il y a souvent la peur de blesser, voici donc un petit rappel de comment dire non.   Dans 80 % des cas, j’utilise des structures qui valident l’autre tout en protégeant mon essentiel.

Tu peux essayer ceci :

  • « J’adorerais te faire plaisir, mais je n’ai pas de bande passante pour le moment. »

  • « Je comprends votre priorité, mais je ne peux pas y répondre. »

  • « J’aimerais répondre à vos attentes, mais je n’en ai pas la disponibilité. »

  • « J’entends bien votre besoin, mais cela ne fait pas partie de mon mandat. »

Tu vois l’idée ? On ne justifie pas, on ne s’excuse pas à outrance. On pose un constat clair.


20 principes essentialistes

Je n’exagère pas quand je te dis que je relis régulièrement cette liste quand je sens que commence à dérailler…

  1. Faire moins, mais mieu

  2. Si tu ne choisis pas tes priorités, quelqu’un d’autre le fera.

  3. Distinguer le trivial de ton vital.

  4. Sans clarté, l’énergie se disperse.

  5. Un objectif clair simplifie les décisions.

  6. Dire oui à tout revient à dire non à l’essentiel.

  7. Le succès attire trop d’options.

  8. Supprimer compte plus qu’ajouter.

  9. Protéger son temps est une responsabilité.

  10. Les compromis diluent l’impact.

  11. Éliminer même de bonnes options.

  12. Explorer avant de choisir puis décider sans hésiter.

  13. Le repos permet de penser clairement.

  14. La curiosité nourrit les bonnes décisions.

  15. Simplifier les systèmes facilite l’action.

  16. Les routines réduisent la fatigue décisionnelle.

  17. Anticiper les obstacles évite les blocages.

  18. Avancer par petits pas réguliers.

  19. Une discipline quotidienne.

  20. Reprendre le contrôle en se concentrant sur l’essentiel.

 

Comme nous sommes des humains avec nos défaillances, il faut de la volonté pour s’accrocher à nos principes essentiels. ( Remarque, plus tu vieillis, plus c’est facile, je trouve) Et comme c’est sûr que tu vas céder, quand tu céderas, demande-toi simplement ce qui t’a fait flancher… Histoire de repérer les déclencheurs, pour savoir regarder ailleurs quand ils reviennent!

 


Avant de passer à autre chose, je te propose trois actions :

  1. Note une seule chose que tu pourrais retirer de ta semaine. Pas reporter. Retirer.

  2. Identifie ton objectif le plus essentiel en ce moment. Celui qui compte vraiment — pas celui qui crie le plus fort.

  3. Pose-toi la question demain matin : qu’est-ce qui est vraiment essentiel aujourd’hui ?

Que choisis-tu en priorité — et pourquoi ? 


Source : Greg McKeown, Essentialism: The Disciplined Pursuit of Less, Crown Business, 2014.